Article dans les Echos du 02/12/2010
RUBRIQUE: ARTICLE; Pg. 21 N°. 20817
LONGUEUR: 570
mots
TITRE: Electricité :
le gouvernement veut garder des prix compétitifs
AUTEUR: THIBAUT
MADELIN
ENCART:
La
ministre de l'Economie et des Finances, Christine Lagarde, et le nouveau
ministre chargé de l'Energie et de l'Industrie, Eric Besson, vont confier une
mission à Paul Champsaur pour déterminer le prix de gros du nucléaire. Contre
le souhait d'EDF.
TEXTE-ARTICLE:
EDF cherchait à l'éviter mais hier la ministre de l'Economie et des Finances Christine Lagarde et le ministre chargé de l'Energie et de l'Industrie, Eric Besson, ont annoncé qu'ils allaient confier une mission d'expertise à Paul Champsaur pour déterminer d'ici trois mois le prix de gros de l'électricité nucléaire. « L'objectif est simple : maintenir l'avantage compétitif lié au prix de l'énergie nucléaire », a indiqué Eric Besson. Donc éviter une forte hausse de ces prix.
Cette mission devait être confiée dès octobre à Paul Champsaur, l'auteur du rapport qui a donné naissance à la réforme du marché de l'électricité. Mais Henri Proglio, le PDG d'EDF, avait fait pression auprès de Jean-Louis Borloo, l'ex-ministre de l'Energie, pour qu'il ne signe pas sa lettre de mission. De son point de vue, l'Etat n'a pas besoin d'une nouvelle expertise et doit pouvoir trancher un tel sujet seul.
L'enjeu est décisif pour EDF : dans le cadre de la réforme adoptée le 24 novembre par le Parlement, l'entreprise devra vendre une partie de son électricité nucléaire à ses concurrents. Reste à définir le prix via un décret. EDF milite pour 42 euros par mégawattheure (MWh), niveau en dessous duquel Henri Proglio estime que son groupe sera « pillé ». Ses concurrents, dont GDF Suez ou Direct Energie, revendiquent un prix très inférieur, proche de 35 euros.
Méthode de calcul
Récemment, Henri Proglio semblait avoir eu gain de cause. « Jean-Louis Borloo lui avait donné son accord sur les 42 euros », assure un parlementaire. Mais avec le départ du ministre centriste, les cartes ont été rebattues, comme en témoigne la relance de la mission Champsaur, à laquelle participeront également l'ancien ministre Bruno Durieux et le professeur d'économie Jacques Percebois.
Ces trois « sages » sont chargés de définir la méthode de calcul du prix de cession, en toute transparence. A priori, Paul Champsaur partage l'analyse de la Commission de régulation (CRE). Celle-ci estime que le juste prix de gros du nucléaire devrait se situer autour de 38 euros, pour être comme l'impose la loi « en cohérence avec le Tartam », le tarif qui permet aux entreprises ayant choisi le marché de revenir à des prix régulés.
« La mission confiée à Paul Champsaur est une très bonne nouvelle », a commenté hier Frank Roubanovitch, président du Comité de liaison des entreprises ayant exercé leur éligibilité au marché libre de l'électricité (CLEE), une association qui regroupe des consommateurs industriels. Il estime que si EDF obtenait gain de cause sur un prix de gros de 42 euros, cela « entraînerait une hausse de la facture d'électricité de 20 à 25 % en moyenne pour les entreprises qui bénéficient du Tartam ». L'association de consommateurs UFC-Que Choisir redoute des variations comparables pour les particuliers.
A en juger par son choix de nommer Paul Champsaur, l'Etat semble pencher vers un compromis qui ne pèse pas trop sur les industriels. C'est d'ailleurs le sens de l'intervention d'hier d'Eric Besson, ministre en charge à la fois de l'énergie et de l'industrie. «Pour être plus forte, l'industrie doit tout d'abord bénéficier d'une grande compétitivité internationale », a-t-il déclaré.
Christine Lagarde, qui a rencontré Henri Proglio lundi, a précisé qu'elle voulait planifier les investissements d'EDF « tout en conservant un cadre où le prix de l'élecrtricité reste acceptable pour les consommateurs, entreprises et particuliers ».