|
27 Décembre 2007
Libéralisation de l'énergie:
une fausse bonne idée ! La Commission européenne a présenté, il y a quelques semaines, le troisième volet de la libéralisation des marchés de l'énergie en Europe. Mais les remèdes proposés sont à la fois mal ciblés, insuffisants et à un horizon trop incertain pour corriger une situation d'extrême urgence, estime Jean-Philippe Bénard, président de la commission électricité de l'Uniden. La Commission européenne a présenté, il y a quelques
semaines, le troisième volet de la libéralisation des marchés
de l'énergie en Europe. Ses objectifs sont clairs: "liberté
de choix du fournisseur, bas prix, meilleur service" qui, selon la
Commission, "créeront la concurrence" et "profiteront
aux citoyens et aux entreprises". Mais les remèdes proposés sont à la fois mal ciblés, insuffisants et à un horizon trop incertain pour corriger une situation d'extrême urgence. La séparation patrimoniale entre fournisseurs et transporteur d'énergie est-elle LA solution? Non. De nombreux pays ont fait ce choix et la situation n'y est pas meilleure. Et d'ailleurs, en France, on n'a jamais constaté la moindre obstruction de RTE qui aurait pénalisé des concurrents d'EDF. Au contraire, certains d'entre eux ont ou vont démarrer des centrales de production. De même, a-t-on des exemples d'entrave à l'importation d'électricité?
À l'évidence non. La séparation patrimoniale ne changera
donc rien. Pour une indépendance réelle des gestionnaires
de réseau, il suffit qu'un régulateur parfaitement indépendant
dispose des pouvoirs de fixer les tarifs d'utilisation des réseaux,
d'auditer les comptes séparés des gestionnaires de réseau
et de régler les différends éventuels à propos
des accès au réseau. Le troisième volet de la réforme aggravera cette dérive en introduisant les notions propres aux marchés de commodités, inapplicables à l'électricité. On aboutira progressivement à un prix uniforme sur la plaque européenne, aligné vers le haut - forcément - et sans rapport avec la réalité des parcs existants. L'ouverture du marché ne profitera ni aux citoyens ni à l'industrie, mais uniquement à quelques producteurs qui continueront à bénéficier d'une rente de situation extravagante. Comment expliquer au citoyen que son pays a fait des choix de politique énergétique forts (le nucléaire en France) mais que grâce au marché il paie un prix aujourd'hui deux fois plus élevé que le coût de ses centrales existantes? Aucun autre continent n'a eu cette belle idée d'un marché transnational avec un prix de gros uniforme. Même des fédérations d'États comme les États-Unis ou le Canada, qui ont libéralisé leur marché de l'électricité, n'ont pas imposé un prix unique sur tout leur territoire. Certains ont, au contraire, cherché à garantir le renouvellement du parc de production au moindre coût tout en maintenant les prix compétitifs permis par les choix politiques passés et à venir. Bien sûr, il est nécessaire de garantir le renouvellement du parc et la sécurité d'approvisionnement. Mais ces investissements ne représentent que quelques pour cent des capacités de production installées. Nous ne réclamons pas de payer seulement le prix des centrales amorties et compétitives pour laisser les plus chères aux générations futures ou aux petits consommateurs, mais nous n'acceptons pas que chaque consommateur paye le prix complet de ces quelques pour cent, créant des rentes de situation pour les producteurs en place. Une approche combinant la prise en compte d'un parc existant très compétitif et la mise en concurrence pour le renouvellement du parc est possible, mais il faut se concentrer sur la fin et non sur les moyens. C'est à cela que doit s'atteler ce troisième volet de la libéralisation: corriger et non aggraver. Jean-Philippe Bénard, président de la commission électricité de l'Uniden, Union des industries utilisatrices d'énergie, qui rassemble 36 groupes industriels pour lesquels le coût de l'énergie est un facteur essentiel de compétitivité.
|